Interrogatoire
L’inspectrice me fixait d’un regard d’autant plus pénétrant qu’il était relevé au crayon noir et assombrit de mascara.
La femme faisait partie de ces flics d’un nouveau genre de plus en plus fréquents dans les commisseriats. Leurs tailleurs beiges et leurs chapeaux tombant donnaient à ces femmes des aires de beautés félines qu’il ne valait mieux pas provoquer.
J’attendais sans comprendre, assise sur une chaise des moins confortables de cette salle sombre, étroite et claustrophobique. L'élégante policière tournait silencieusement autour de moi, et on n'entendait que le bruit de ses talons hauts qui raisonnait sur le sol froid. Le temps d’entrevoir l’inspectrice cracher sa chique dans la poubelle, une lumière aveuglante m’étourdit par sa violence. L’interrogatoire commença:
« - Vous ne faisiez pas le poirier hier entre 19 et 20 heures. Nous avons des témoins!
Pourtant, mademoiselle, vous savez que l’exercice du poirier est obligatoire à cet horaire tout les soirs pour tout les citoyens. J’aimerais savoir ce qui vous en dispensait! »
Mon cœur battait la chamade. Je ne voulais pas comprendre de quoi elle parlait. Je ne comprenais d’ailleurs pas pourquoi nous étions obliger de nous renverser la tête vers le bas, depuis que cette stupide république avait changé. Je répondais d’un timide et polie:
« -Pardon?
-Ne jouez pas à la plus fine avec moi! » Son regard m’évalua , s’arrêtant sur mes cuisses.
« - Vous perdrez à plate couture… Ou à couture explosée si je puis dire.
- Je vous jure, inspectrice que je ne vois pas de quoi vous voulez parler!
- La république exige des personnes possédant le maximum de leurs fonctions mentales mademoiselle. Vous n’allez pas me dire que vous ignorez le dicton de notre nouvelle société, n’est ce pas? »
Aveuglée par la lumière, et le fessier de plus en plus engourdit par un inconfort forcé, je tentais tant bien que mal de réunire mes esprits. Oui, il y avait bien cette citation de Jules Renard qui avait été choisit pour remplacer le bon vieux « liberté, égalité, fraternité. » Jugé obsolète pour cette nouvelle ère de progrès!
« - Le cerveau fait sablier avec le cœur, l’un se remplis que pour vider l’autre. »
Sans la regarder, je sentais qu’un sourire se dessinait sur son visage au teint rosé. L’inspectrice se plaça face à moi, la lumière se fit moins aveuglante, et c’est en me regardant droit dans les yeux que je l’entendis me dire:
« - Très bien mademoiselle, vous comprenez donc pourquoi, l’exercice du poirier est devenu obligatoire! »